Halte aux Marées Vertes

Ulva Armoricana on 20/06/2018 07:51

 

Les marées vertes, ça coûte un pognon de dingues !

Madame la députée
4ème circonscription du Finistère
Messieurs les députés
4ème circonscription des Côtes d'Armor
5ème circonscrition des Côtes d'Armor


Madame la députée, Messieurs les députés,


il  ne  vous  a  vraisemblablement  pas  échappé  qu'un jugement  historique  a  été  rendu  jeudi  14  juin  au  Tribunal  des  Affaires  Sociales  de  Saint-Brieuc. 48 ans après le premier signalement de l'arrivée des marées vertes en Bretagne par le conseil  municipal  de  Saint-Michel-en-Grève,  pour  la  première  fois  une  cour  de  justice reconnaît  qu'un  homme  est  mort  en  2009  en  transportant  des  algues  vertes  pourries  qui dégagent de l'hydrogène sulfuré.

Je  me  permets  d'attirer  votre  attention  sur  les conséquences d'une telle décision de justice. D'abord, elle acte juridiquement le danger que représentent  les  échouages  de  ces  algues,  danger  certes  réduit  par  un  ramassage  régulier, mais  pas  supprimé  comme  l'a  démontré  le  décès  de  nombreuses  victimes  humaines  et encore plus d'animaux. Ensuite, elle engage plus que jamais la responsabilité des maires de communes du littoral de vos circonscriptions en cas d'accidents mêmes mineurs au contact de  ces  algues  qui  échouent  massivement  sur  des  plages.  N'importe  quel  plaignant  pourra faire  valoir  ce  danger  juridiquement  avéré  pour  demander  réparations  d'un  préjudice d'intoxication, au pire mortelle, d'un employé de ramassage ou d'un simple particulier. Et cette responsabilité sera d'autant plus engagée que ces élus ont toutes et tous accepté que les prochains  Plans  Algues  Vertes  aboutissent en  2027  et  pas  avant,  à la  réduction  de  moitié seulement du volume des algues sur les plages bretonnes. Encore que, pour parvenir à ce résultat,  ils  se  contentent  d'un  plafond  du  seuil  de  nitrates  dans  l'eau  des  rivières  qui alimentent ces algues de 15 mg/l, quand le chercheur de l'Ifremer spécialiste depuis 40 ans de ces proliférations algales, juge, pour en réduire de moitié la masse, que ce plafond est plus proche de 5 mg/l que de 10 mg/l dans des sites très sensibles comme la Lieue de Grève au  fond  de  la  baie  de  Lannion. (Les  marées  vertes,  40  clés  pour  comprendre,  Alain Menesguen Editions Quae janvier 2018, clé 21 page 57). En d'autres termes, ces nouveaux objectifs, qui ont de surcroît, peu de chances d'aboutir, officialisent le fait que les risques d'intoxication du public à l'hydrogène sulfuré soient seulement divisés par deux et qu'il en subsiste suffisamment pour mettre en péril éternellement hommes et animaux.

Dans ces conditions, on comprend mal que l'argent public à hauteur de 55 millions d'euros, sans compter les centaines déjà employés à cet effet depuis deux  décennies,  puisse  encore  être  investi  dans  des  mesures  que  leurs  promoteurs  jugent implicitement insuffisantes puisqu'ils abaissent eux-mêmes le niveau d'exigence des résultats qu'ils en attendent par rapport aux objectifs de 2011.

Or, nous entendons urbi et orbi que Monsieur le Président de la République a donné à son gouvernement la tâche de s'attaquer en priorité à la dépense publique. A l'occasion de sa venue ce mercredi à Saint-Brieuc, nous vous proposons de lui suggérer d'en fnir avec un emploi aussi peu productif de l'argent public. Qu'il sollicite son gouvernement  pour  revoir  les  conditions  des  aides  accordées  à  une  lutte  si  peu  effcace contre les marées vertes, et à défaut pour mettre fin à l'utilisation de moyens fnanciers en inadéquation avec la mission publique à laquelle ils sont censés servir. Resteraient alors à édicter des mesures règlementaires inspirées de celles des périmètres de protection de zones de captages d'eau de source pour réduire drastiquement les fux de nitrates des rivières de ces baies à marées vertes qui n'affectent que 7 % de la surface agricole utile en Bretagne. M'autorisant  une  trivialité  de  langage  qu'a  employée  Monsieur  le  Président  de  la République : « les marées vertes, ça coûte un pognon de dingues  ! ». J'ose penser, Madame la député, Messieurs les députés, que vous conviendrez avec nos associations qu'il est temps que ce gaspillage cesse et que tout risque sanitaire lié à cette pollution disparaisse enfin et avec, le grave préjudice écologique qu'elle entraîne. Je ne doute pas que vous trouviez le moment  pour  parler  directement  avec  Monsieur  le  Président  de  la  République  de  cette pollution récurrente que subit notre région depuis près d'un demi-siècle lors de sa venue à Saint-Brieuc.  A  défaut,  nos  associations  se  contenteraient  que  vous  le  sensibilisiez  à  ce problème par une question écrite au gouvernement lors de cette session parlementaire.

 

Soyez  assuré(e)s,  Madame  la  député,  Messieurs  les députés, de notre considération la meilleure.


Pour les associations Halte Aux Marées Vertes et Sauvegarde du Trégor, le co-président et le président : Yves-Marie Le Lay

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